Bijouterie sumerienne: guide sur les parures de la premiere civilisation

Bijouterie sumerienne: guide sur les parures de la premiere civilisation
Introduction
Les Sumeriens habitaient la partie meridionale de la Mesopotamie, entre le Tigre et l'Euphrate, du milieu du quatrieme millenaire avant notre ere jusqu'au debut du second. C'etait la premiere civilisation urbaine connue de la science: Ur, Uruk, Lagash, Nippur, Eridou se developpaient en veritables cites bien avant que les premiers nomes egyptiens ne s'elevent sur les rives du Nil. Les Sumeriens inventerent l'ecriture cuneiforme, la roue, l'irrigation et le systeme sexagesimal qui nous donne encore aujourd'hui l'heure et le degre. Ils creerent egalement la premiere tradition bijoutiere de l'histoire, une tradition dont la sophistication technique continue de susciter l'admiration des chercheurs.
En 1922 debuterent les fouilles du tell Tell el-Muqayyar, sous lequel reposait l'antique Ur. Ces travaux, menes conjointement par le British Museum et le Penn Museum de Philadelphie, etaient diriges par l'archeologue britannique Leonard Woolley. En 1934, a la fin des travaux, le monde disposait de l'une des plus importantes decouvertes archeologiques du vingtieme siecle: les Tombes Royales d'Ur, datees d'environ 2600 a 2500 av. J.-C. Seize sepultures d'une extraordinaire richesse livrerent des casques d'or, des diademes de feuilles de hetre, des colliers de lapis-lazuli et de cornaline, des boucles d'oreilles en forme de croissant, des sceaux cylindriques et des dizaines d'autres objets d'une qualite que l'Europe n'atteindrait que des millenaires plus tard.
Ce qui etonne n'est pas l'antiquite mais la maturite de la tradition bijoutiere sumerienne. Au moment des sepultures royales d'Ur, les artisans sumeriens maitrisaient deja la granulation, la filigrane, l'incrustation, le trefilage du fil d'or et l'estampage de la feuille d'or sur des matrices en relief. Ils assemblaient des parures complexes a plusieurs couches a partir de dizaines de composants, importaient du lapis-lazuli d'Afghanistan sur plus de deux mille cinq cents kilometres et commercaient la cornaline avec la vallee de l'Indus. Ce n'etait pas une forme naive et naissante mais une ecole accomplie et etablie.
L'objectif de cet article est de montrer non seulement un catalogue d'artefacts de vitrines museales mais le lien vivant entre la bijouterie sumerienne et ce que nous portons aujourd'hui. La rosette d'Inanna, l'etoile a huit branches d'Ishtar, le croissant du dieu lunaire Sin, le disque solaire de Shamash, des perles d'or granulees, des chaines en filigrane: tout cela continue de fonctionner comme langage visuel cinq mille ans plus tard. L'esthetique sumerienne vit dans l'Art deco, dans la bijouterie ethnique en argent, dans les reconstructions modernes et dans les motifs individuels des pieces minimalistes, non comme citation mais comme couche culturelle profonde.
Chez Zevira, nous abordons ce sujet avec une attention academique. Les fouilles des Tombes Royales d'Ur, les collections mesopotamiennes du Musee du Louvre (qui conserve notamment la Stele des Vautours et le Code d'Hammurabi), les travaux de Woolley, Samuel Noah Kramer et Thorkild Jacobsen constituent le fondement sur lequel repose notre ligne historico-archeologique. Nous fabriquons des bijoux qui respectent la source et se portent dans le quotidien contemporain.
Les principales formes de bijouterie sumerienne
La garde-robe bijoutiere sumerienne etait considerablement plus riche que beaucoup ne l'imaginent. Il ne s'agissait pas d'amulettes isolees sur un cordon mais d'ensembles complets que les femmes et les hommes de l'elite portaient simultanement. La sepulture de la reine Puabi donne une idee de l'echelle: plusieurs kilogrammes d'or, d'argent, de lapis-lazuli et de cornaline reposaient sur et autour de son squelette.
Les diademes et les coiffes occupaient la place centrale. La plus celebre est la coiffe de la reine Puabi: plusieurs couches de rubans d'or agrementes de pendentifs en lapis et en cornaline, surmontees d'une couronne de feuilles de hetre en or serties de pierres, puis d'un peigne de rosettes florales en or sur de hautes tiges. Toute la construction etait montee sur une perruque de laine noire qui epousait la tete. Des coiffes similaires, bien que moins somptueuses, etaient portees par les pretresses et les nobles citadines.
Les colliers etaient a plusieurs rangs. Il n'etait pas rare qu'une sepulture contienne cinq, sept ou dix fils de perles a la fois. Les perles etaient enfilees dans un ordre precis: longs pendentifs en goutte de cornaline, spheres rondes de lapis-lazuli, elements bicones en or, parfois de petites figurines animales en or. La combinaison de la cornaline rouge, du lapis bleu et de l'or jaune produisait le fameux accord chromatique sumerien a trois couleurs, qui devint la signature visuelle de la Mesopotamie pour des millenaires.
Les boucles d'oreilles etaient grandes. La forme la plus repandue etait un croissant en feuille d'or sur un chassis, parfois avec une granulation sur le bord et parfois avec des pendentifs. Des dizaines de paires de telles boucles d'oreilles ont ete trouvees dans les tombes d'Ur. Certains exemplaires atteignent cinq a six centimetres de diametre. D'apres la position des corps dans les sepultures, elles etaient portees dans des lobes perces, comme aujourd'hui.
Les bagues servaient a un double usage. D'un cote, de simples anneaux d'or, parfois avec granulation et filigrane. De l'autre, des bagues a sceaux cylindriques: un petit cylindre taille dans la pierre, fixe a une tige en or ou suspendu a une chaine. Un tel objet fonctionnait a la fois comme bijou, amulette et signature personnelle de son proprietaire. L'empreinte du sceau dans l'argile avait valeur legale, de sorte que son proprietaire le portait litteralement sur lui.
Les bracelets-manchettes etaient fabriques en feuille d'or etiree sur un noyau de bois ou de bitume -- legers mais visuellement massifs. Un autre type consistait en perles d'or et de lapis sur plusieurs fils rassembles en un large ruban. Les ornements de taille -- larges ceintures des memes perles a plusieurs rangs -- croisaient le torse et soulignaient la silhouette.
Une categorie a part comprenait les pendentifs-amulettes representant des divinites: un minuscule taureau en or symbolisant Enlil, le poisson en or d'Enki, la rosette stylisee a huit petales d'Inanna. Ils se portaient soit comme element central d'un collier, soit seuls sur un simple cordon.
La tombe de la reine Puabi
Puabi merite un traitement a part. C'est l'une des decouvertes archeologiques les plus celebres du vingtieme siecle, et son nom signifie pour l'histoire de la bijouterie a peu pres ce que le nom de Toutankhamon signifie pour l'egyptologie.
En 1927, durant la cinquieme saison de travail de Woolley a Ur, l'equipe decouvrit la tombe PG 800. La chambre funeraire appartenait a une femme d'environ quarante ans, deposee sur des brancard en bois dans une chambre de pierre. Dans une fosse funeraire separee adjacente gisaient les corps de vingt-cinq accompagnateurs: des hommes avec des lances et des casques, des femmes parees de bijoux, des cochers avec des boeufs et des chars. C'etaient des compagnons sacrifies lors de l'enterrement de leur maitresse. Woolley decrivit la disposition des corps comme suggerant un depart paisible: les personnes semblent avoir absorbe une preparation et etre mortes sans resistance. Les examens tomodensitometriques des cranes effectues au vingt-et-unieme siecle ont revele des traces de coups a la tempe avec un objet contondant, ce qui rend le tableau considerablement plus sombre.
L'identite de la femme fut etablie grace a un sceau cylindrique trouve sur son corps. L'inscription en cuneiforme sumerien disait: Puabi, Nin, ce qui signifie dame ou reine. Qu'elle fut reine au sens politique ou grande pretresse reste debattu parmi les chercheurs. Son rang, en tout cas, etait du plus haut ordre.
Sur son squelette reposaient environ trois kilogrammes de bijoux. Les elements cles etaient: une massive coiffe en or en trois couches (rubans, feuilles de hetre, peignes floraux), des boucles d'oreilles en croissant, trois colliers de perles d'or, de lapis et de cornaline, une large ceinture du meme materiau sur plusieurs rangs, dix bagues en or aux doigts, un sceau cylindrique, une amulette en forme de poisson et de nombreuses perles individuelles dispersees autour du corps. Une coupe en or se trouvait au-dessus du corps; a cote, une paille en or pour boire de la biere, un ustensile courant dans les banquets sumeriens.
Apres la fouille, la collection fut divisee entre trois institutions selon l'accord de partage des decouvertes en vigueur a l'epoque. Une partie alla au British Museum a Londres, une partie au Penn Museum a Philadelphie, et une partie resta au Musee national d'Irak a Bagdad. La fameuse couronne de feuilles de hetre en or est l'une des pieces conservees a Bagdad.
En avril 2003, lors de l'invasion de l'Irak, le Musee national fut pille. Des milliers d'artefacts disparurent des reserves, dont une partie de l'inventaire des tombes d'Ur. Beaucoup fut recupere par la suite grace aux enquetes d'Interpol et a un travail de restauration minutieux, mais une partie des objets est consideree comme definitivement perdue. La reconstruction de la tete de la reine Puabi realisee par Woolley a survcu.
Pour ceux qui travaillent aujourd'hui avec l'esthetique sumerienne, Puabi est la reference premiere. Sa coiffe a ete reproduite par des dizaines d'ateliers de bijouterie, des ateliers universitaires aux grands musees. Une replique precise, assemblee avec les memes materiaux et proportions, est consideree comme l'une des taches les plus exigeantes techniquement dans la reconstruction bijoutiere historique.
Les collections mesopotamiennes du Louvre constituent un reference privilegiee pour les amateurs francophones: on y trouve la Stele des Vautours (l'un des plus anciens documents historiques sur pierre), le Code d'Hammurabi et de nombreux sceaux cylindriques de l'epoque sumerienne et akkadienne. Ces collections permettent de situer la bijouterie dans son contexte culturel et institutionnel.
Lapis-lazuli et cornaline
Sans ces deux pierres, aucune discussion sur la bijouterie sumerienne n'est complete. Elles en definissent l'identite visuelle avec autant de certitude que la turquoise definit l'egyptienne.
Le lapis-lazuli n'avait dans le monde antique qu'une seule source significative: Sar-i-Sang, un gisement dans la province de Badakhchan, au nord-est de l'Afghanistan actuel, dans les contreforts de l'Hindou Kouch. C'est encore de la que provient aujourd'hui le meilleur lapis du monde: une pierre bleue dense avec des inclusions de pyrite doree et sans grandes taches blanches de calcite. La distance a vol d'oiseau de Sar-i-Sang a Ur est d'environ deux mille cinq cents kilometres; par les routes caravaniere s a travers l'Iran, pres de trois mille cinq cents. Cela signifie que trois mille ans avant notre ere, a une epoque ou la roue venait a peine d'apparaitre, un reseau commercial a longue distance fournissait deja la pierre bleue aux villes de Sumer.
Pour les Sumeriens, cette couleur etait sacree. Le bleu du lapis etait le ciel ou vivaient les dieux. Selon la mythologie, c'etait la chevelure de la deesse Inanna. Lorsqu'Inanna descend aux Enfers dans le celebre texte poetique, elle porte sept attributs, dont un collier de lapis-lazuli. La pierre avait la plus haute signification rituelle.
Elle s'utilisait sous forme de perles de diverses formes: spheriques, bicones, en goutte, cylindriques. Des gemmes ornees de figures divines etaient taillee. Incruste dans des cloisons d'or, le lapis creait le contraste bleu-or qui semble encore aujourd'hui etonnamment contemporain. De grands panneaux compositifs etaient egalement tailles en lapis, notamment le celebre Etendard d'Ur, dont les panneaux de lapis incruste portent des scenes de guerre et de paix.
La cornaline, la variete rouge-orange de la calcedoine, arrivait de la direction opposee: le sud-est. La source principale etait le Gujarat dans l'ouest de l'Inde et la vallee de l'Indus, berceau de la civilisation de l'Indus, contemporaine de Sumer. Par le Golfe Persique, les routes maritimes et les chemins terrestres d'Iran, les perles de cornaline arrivaient par milliers a Ur et dans les villes voisines.
Les perles de cornaline gravees, dites "etched beads", meritent une mention particuliere. Il s'agissait d'une technique typiquement harappenne: une pate alcaline etait appliquee sur une perle polie et chauffee, decolorant la surface et creant un motif blanc sur fond rouge-orange. Des perles portant de tels motifs ont ete trouvees a la fois dans des villes de la vallee de l'Indus et dans les Tombes Royales d'Ur, l'un des temoignages archeologiques les plus probants du commerce direct entre les deux civilisations.
Outre le lapis et la cornaline, les Sumeriens utilisaient l'agate, la calcedoine, la pyrite, le quartz, le cristal de roche, le nacre, les coquillages cauri et l'ivoire. Mais la triade or plus lapis plus cornaline devint leur signature. Rouge, bleu, jaune: trois couleurs pures formant un accord visuel instantanement reconnaissable et qui fonctionne encore aujourd'hui.
Or, argent et electrum
L'or etait le principal metal precieux des Sumeriens. Il provenait de plusieurs regions: l'Anatolie (Turquie actuelle), les deserts de la peninsule arabique et peut-etre les hauts plateaux armeniens. La poudre d'or et les pepites etaient acheminee s vers les cites fluviales de Sumer, fondues en lingots et travaillees directement.
En purete, l'or sumerien depassait typiquement l'or antique ulterieur: souvent autour de vingt-deux carats, parfois proche du pur. Cela reflete les methodes primitives d'affinage: l'or et l'argent etaient separes par grillage au sel et au plomb, et les premiers affina ges produisaient un metal de haute purete. Les alliages a moindre titre apparurent plus tard, lorsque la resistance a l'usure devint une priorite.
L'argent etait connu et utilise par les Sumeriens, bien que son prestige ait fluctue. Dans la periode ancienne, il etait comparable a l'or en statut; il recula ensuite. Les principales sources etaient le Taurus en Anatolie. L'argent servait aux objets plus grands: vases, armes ceremoniales, quelques bijoux. Une partie de la coiffe de Puabi etait assemblee sur une base d'argent.
L'electrum, l'alliage naturel d'or et d'argent dans un rapport d'environ trois a un ou quatre a un, avait une valeur propre. Son ton chaud, legerement verdatre ou dore blanchatre, differait de l'or pur comme de l'argent pur, creant un troisieme timbre. Certains ornements de coiffe et coupes etaient specifiquement fabriques en electrum.
Le niveau technique du travail du metal est extraordinaire. Les artisans sumeriens pouvaient trefi ler un fil jusqu'a une section extremement fine a travers des filieres en pierre a trous decroissants, estamper une feuille d'or de fraction de millimetre sur des matrices de pierre en relief, et souder des composants avec un eutectique cuivre-or. Certaines de leurs methodes furent perdues et ne furent redecouvertes qu'au vingtieme siecle. L'exemple canonique est la granulation. L'orfevre allemand Wilhelm Elbert, qui travailla a Pforzheim dans les annees 1930 a 1950, passa des annees a etudier des pieces sumeriennes et etrusques au microscope et a reconstituer le processus original. La granulation contemporaine repose sur ses travaux.
Symbolique de la bijouterie sumerienne
Les representations sumeriennes etaient toujours lisibles. Ce n'etait pas de la decoration abstraite mais un langage precis de signes, chacun relie a une divinite specifique, a un mythe ou a une fonction sociale. Pour un habitant instruit d'Ur, un bijou etait un texte deploye.
La rosette et la fleur a huit petales
Le symbole principal d'Inanna, deesse de l'amour, de la fertilite, de la guerre et de la planete Venus -- qui deviendrait plus tard Ishtar dans la tradition akkadienne. La rosette a huit petales apparait partout: sur les diademes, les pendentifs, les incrustations, les sceaux cylindriques et les murs des temples. Huit petales correspondent a l'etoile a huit branches, un autre signe d'Inanna. Cette geometrie fonctionne simultanement comme fleur et comme corps stellaire.
L'etoile a huit branches
Elle se trouve souvent a cote ou au-dessus de la rosette. C'est l'image directe de la planete Venus, que les Sumeriens appelaient Dilbat. L'etoile du matin et du soir etait liee a la dualite d'Inanna: guerriere et bien-aimee. L'etoile a huit branches devint l'un des symboles les plus durables de la culture mesopotamienne, survivant aux Sumeriens et aux Babyloniens et se retrouvant a travers les sceaux assyriens dans la bijouterie contemporaine.
Le croissant
Symbole de Sin (egalement appele Nanna), le dieu lunaire et divinite protectrice d'Ur. Le croissant apparait sur les bijoux d'Ur presque aussi frequemment que la rosette. Boucles d'oreilles en croissant, pendentifs, sommets de sceptres: tout est lie au culte lunaire. Sin etait concu comme un sage vieillard qui comptait le temps et gouvernait le ciel nocturne.
Le disque solaire
Le signe d'Utu (Shamash), dieu du soleil et de la justice. Souvent represente comme un disque avec des rayons ou un disque dans une rosette ailee. Important comme symbole du droit: dans la tradition sumerienne, le soleil voit et enregistre tout, de sorte que le sceau divin d'un juge etait precisement le disque solaire.
Le taureau
Un motif de puissance. Associe a Enlil, le dieu supreme du vent et de l'autorite, mais dans un sens plus large a tout ce qui touche a la force et a la fertilite. Des tetes de taureau en or ornaient les instruments de musique (la fameuse lyre des Tombes Royales), les pendentifs et les sommets de massues. Un taureau avec une barbe en lapis-lazuli est l'une des images sumeriennes les plus reconnaissables.
La grappe de raisin et les feuilles de hetre
Fertilite et dignite royale. La couronne de hetre dans la coiffe de Puabi unit symboliquement la personne royale au monde vegetal et au cycle du renouveau.
Les sceaux cylindriques
Un univers a part entiere. Un petit cylindre taille dans une pierre semi-precieuse (lapis, cornaline, calcedoine, agate) pouvait etre suspendu a un cordon autour du cou ou monte sur une tige d'une bague. Roule sur de l'argile humide, il produisait une frise imprimee en continu. Les compositions sur les sceaux sont une encyclopedie de la mythologie sumerienne: le heros Gilgamesh combattant le lion, le dieu Enki avec deux courants d'eau jaillissant de ses epaules, des scenes de banquets, de batailles, de sacrifices et de voyages mythologiques.
Techniques des artisans sumeriens
Le repertoire technique du bijoutier sumerien merite un examen attentif. Presque tout ce qu'ils savaient faire vers 2500 av. J.-C. est encore pratique aujourd'hui, parfois avec des modifications minimales.
Granulation
L'application de minuscules spheres d'or, allant d'une fraction de millimetre a deux ou trois millimetres de diametre, sur la surface d'un objet. Les spheres sont obtenues en faisant tomber de l'or fondu sur du charbon de bois ou dans de l'eau, puis classees par taille. Elles sont fixees a la base sans soudure par un procede dit de liaison par diffusion: chauffees avec un liant organique, les particules d'or et la surface de la base fusionnent en leur point de contact, laissant une jointure propre sans trace de soudure.
Les artisans sumeriens avaient maitrise la granulation vers 2500 av. J.-C. Au cours des millenaires suivants, la technique se repandit en Egypte, en Crete minoenne et en Etrurie. A la fin de l'Antiquite, elle fut progressivement perdue, et les orfevres europeens ne pouvaient pas la reproduire pleinement jusqu'au vingtieme siecle. La renaissance est attribuee a Wilhelm Elbert, l'artisan allemand qui, a partir des annees 1930, etudia systematiquement des pieces sumeriennes et etrusques au microscope et reconstitua le processus original.
Filigrane
Le tissage d'un fil d'or ou d'argent fin en un ornement de dentelle ouverte. Le fil est etire a travers une filiere avec une serie de trous decroissants, puis torsade, aplati, plie en volutes et soude a une base ou assemble comme structure ajoure autonome. Les pieces sumeriennes combinent souvent filigrane et granulation.
Incrustation
Les pierres et les materiaux colores sont sertis dans des cloisons d'or -- des cellules formees a partir d'une bande pliee et soudee a la base. C'est l'ancetre direct du cloisonne medieval, qui en Byzance et chez les Celtes acquerrait son nom et son statut d'ecole independante, mais fut invente en Mesopotamie.
Estampage
Une feuille d'or ou d'electrum d'une epaisseur inferieure au millimetre etait posee sur une matrice en pierre a taille en relief et pressee avec un outil qui transferait le motif sur le metal. Ainsi etaient fabriquees des appliques en or pour les vases en bois, des incrustations pour les diademes et de fines feuilles pour les couronnes.
Chaines en fil
Les chaines sumeriennes sont remarquables: les artisans pouvaient tresser du fil d'or en cordons tresses complexes dans lesquels chaque maillon passe a travers plusieurs voisins, creant une construction dense et flexible. Certains types de tressage ne sont revenus dans la pratique bijoutiere qu'a l'epoque moderne.
Bijouterie contemporaine d'inspiration sumerienne
L'interet pour le patrimoine sumerien en bijouterie commenca avec les publications de Woolley dans les annees 1930 et les premieres expositions des decouvertes d'Ur au British Museum et a Philadelphie. La presse de l'epoque ecrivit sur la reine Puabi et sa coiffe de facon similaire a ce qu'elle ecrirait sur Toutankhamon une decennie plus tard. Le public decouvrit qu'il avait existe une civilisation dont la bijouterie n'etait pas moins impressionnante que celle de l'Egypte, et bien moins connue.
L'Art deco saisit la vague rapidement. La geometrie de la rosette, de l'etoile a huit branches et du disque solaire s'inscrivait naturellement dans le langage formel des annees 1920 et 1930. Des bijoux dans la palette lapis-cornaline-or avec des motifs geometriques nets sortirent des maisons parisiennes et new-yorkaises.
Une deuxieme vague arriva dans les annees 1960 et 1970 avec la mode de la bijouterie ethnique, archeologique et d'inspiration museale. Des repliques en argent de colliers sumeriens devinrent une partie visible du marche artisanal en Europe et en Amerique du Nord.
La bijouterie sumerienne contemporaine se divise en trois directions.
Les repliques museographiques precises: des pieces couteuses et uniques reproduisant des originaux avec une haute fidelite. De tels objets sont commandes par des musees universitaires, des fondations culturelles et des collectionneurs prives. Une replique du diademe de Puabi, assemblec a la main avec une vraie granulation, du lapis-lazuli d'Afghanistan et de la cornaline, peut occuper un atelier plusieurs mois.
Les interpretations libres utilisant des techniques et des motifs sumeriens sous une forme contemporaine. Ce n'est plus une replique mais une oeuvre originale: le bijoutier prend la granulation, le filigrane ou l'incrustation et cree quelque chose de nouveau -- d'esprit sumerien mais de proportions et de fonction actuelles.
Les motifs sumeriens individuels dans la bijouterie minimaliste. L'etoile a huit branches comme seul element d'un pendentif. La rosette d'Inanna sur une bague. Le croissant de Sin dans des boucles d'oreilles de forme simple.
Materiaux et techniques aujourd'hui
La bijouterie sumerienne contemporaine n'utilise presque jamais l'or pur a haute teneur comme materiau principal. Les originaux etaient fabriques en vingt-deux carats et plus, mais aujourd'hui cela appartient aux commandes uniques rares. Le materiau principal des repliques et interpretations est l'argent sterling. Dans de nombreux cas, il s'agit d'argent dore: vermeil, avec une couche d'or de plusieurs microns, donnant une surface doree chaude avec une base plus accessible.
Le lapis-lazuli est encore extrait en Afghanistan, du meme Sar-i-Sang. Le lapis-lazuli afghan de qualite, avec son dense ton bleu et ses inclusions de pyrite doree, est la base de toute piece sumerienne contemporaine serieuse.
La cornaline est aujourd'hui disponible de plusieurs sources: Inde (y compris la region historiquement harappenne du Gujarat), Bresil et Madagascar. La cornaline indienne de qualite est proche du materiau antique en densite et en couleur.
La granulation et le filigrane sont executes a la main selon les methodes traditionnelles. La gravure laser du cuneiforme est une option relativement recente qui peut ajouter un accent textuel subtil: un nom, une courte citation, un signe ideographique.
Argent, or, motifs symboliques, ensembles assortis. Rosettes d'Inanna, pendentifs en croissant, pieces d'inspiration mesopotamienne.
A qui cela s'adresse
L'esthetique sumerienne parle a un certain type de personne. Ce n'est pas un langage bijoutier universel, et c'est la sa force.
Les amateurs de civilisations anciennes. Ceux qui ont lu Samuel Noah Kramer, Thorkild Jacobsen ou des traductions de l'epopee de Gilgamesh, qui ont visite le Louvre et se sont arretes longtemps devant les collections mesopotamiennes. Une telle piece est un embleme personnel d'appartenance a un certain cercle de lecteurs et d'interets.
Les archeologues, assyriologue s, etudiants en histoire ancienne. Un cadeau professionnel pour un collegue, un directeur de these ou un diplome d'un departement d'histoire ancienne: un choix assure.
Les collectionneurs de bijouterie ethnique et d'inspiration museale. Ceux qui ont deja dans leur ecrin de l'argent touareg, des grenats du sud de l'Inde ou du filigrane turc: la couche sumerienne s'integre naturellement.
Les visiteurs de musees et les voyageurs. Ur est en Irak aujourd'hui, et l'acces direct est limite pour des raisons comprehensibles, mais des collections mesopotamiennes existent au Louvre a Paris, au British Museum a Londres, au Penn Museum a Philadelphie et au Musee national d'Irak a Bagdad. Une piece avec un motif sumerien apres la visite de l'une de ces collections est un souvenir vivant de la rencontre avec un artefact.
Les lecteurs de litterature mythologique et epique. L'epopee de Gilgamesh, l'Enuma Elish, le mythe de la descente d'Inanna: tout cela vit dans la culture contemporaine comme un arriere-plan constant. Un pendentif avec la rosette d'Inanna ou l'etoile a huit branches d'Ishtar devient le prolongement materiel de ce qui a ete lu.
Les femmes pour qui l'archetype de la reine ou de la pretresse compte. L'image de Puabi, l'image d'Inanna-Ishtar dans sa puissance et sa complexite, n'est pas seulement de l'histoire. C'est un modele psychologique operant de force feminine, de dignite, de sensualite et d'autorite en meme temps. Porter une bijouterie a l'esthetique sumerienne, c'est invoquer cet archetype.
Un cadeau pour un historien, un archeologue, un historien d'art, un enseignant d'histoire ancienne ou un specialiste des etudes orientales. Un choix significatif, reflechi et bien oriente.
L'esthetique sumerienne ne conviendra pas a ceux qui cherchent une decoration quotidienne legere sans charge historique. Sumer est toujours substantiel: meme dans les interpretations minimalistes, il porte cinq mille ans de gravite culturelle. Pour un environnement de bureau strictement contemporain ou un minimalisme pur, cela peut s'averer un langage trop dense. Dans ce cas, il est judicieux de se limiter a un seul element d'accent: un pendentif avec l'etoile a huit branches, une bague avec la rosette, des boucles d'oreilles en croissant.
Questions frequentes
Est-il vrai que des serviteurs ont ete enterre s vivants avec la reine Puabi?
Oui, cela est confirme par les donnees scientifiques. Dans la tombe PG 800 et les sepultures royales adjacentes d'Ur, Woolley trouva des dizaines de corps d'accompagnateurs: gardes, dames de cour, cochers. Les examens tomodensitometriques des cranes au vingt-et-unieme siecle ont revele des traces de coups a la tempe avec un objet contondant. Les accompagnateurs semblent avoir ete sedates par une preparation puis tues avant d'etre places dans des positions funeraires. C'est de la barbarie selon les criteres actuels, mais dans le contexte de l'age du Bronze ancien, cela faisait partie du rituel royal, atteste dans d'autres cultures de la periode, de la Chine a l'Afrique du Nord.
Peut-on acheter un veritable artefact sumerien?
Pratiquement non. Les pieces authentiques des Tombes Royales d'Ur sont la propriete des musees, avec des numeros de catalogue au British Museum, au Penn Museum et au Musee national d'Irak. Toute piece proposee sur le marche prive comme artefact sumerien original est presque certainement soit une replique de qualite, soit un objet illegalement retire, souvent lie au pillage du Musee national d'Irak en avril 2003. Ces achats doivent etre evites pour des raisons ethiques: le marche des artefacts illicites alimente le pillage des sites archeologiques au Moyen-Orient.
Pourquoi le lapis-lazuli etait-il si important pour les Sumeriens?
Trois raisons. Premierement, la couleur: dans la mythologie sumerienne, le bleu du lapis etait le ciel ou vivaient les dieux et la chevelure de la deesse Inanna. Deuxiemement, le statut: la pierre n'etait extraite qu'en Badakhchan afghan, a plus de deux mille cinq cents kilometres d'Ur, et son approvisionnement necessitait un reseau commercial complexe, ce qui en faisait un materiau a la fois rare et couteux. Troisiemement, la qualite tactile: le lapis est dense, lourd et agreable en main, avec des inclusions de pyrite doree caracteristiques.
Comment distinguer une vraie granulation d'une imitation estampee?
La vraie granulation consiste en des spheres individuelles soudees une a une sur la surface. Sous grossissement, chaque sphere est une boule parfaite avec sa propre ombre et un point de contact avec la base. Une imitation estampee produit un relief plat avec des pseudo-spheres faisant partie de la feuille de metal elle-meme, sans veritable forme tridimensionnelle. Au toucher, la vraie granulation est texturee et volumineuse; un estampage est lisse avec de douces ondulations.
Les motifs sumeriens conviennent-ils aux hommes?
Oui, et meme mieux que beaucoup d'autres traditions bijoutieres historiques. Sumer etait une culture avec des attitudes egalitaires envers la parure: les rois d'Ur portaient autant d'or que les reines. Pour une garde-robe masculine, les sceaux cylindriques sur un cordon, les bagues a sceaux avec des motifs graves, les pendentifs representant Gilgamesh luttant contre le lion (l'une des images les plus nettement masculines de l'iconographie mondiale), les larges bracelets granules et les pendentifs en tete de taureau fonctionnent bien.
A propos de Zevira
Zevira est une marque de bijouterie espagnole basee a Albacete. La ligne historico-archeologique avec des motifs sumeriens est l'une des categories du catalogue. La disponibilite actuelle et tous les details sont dans le catalogue.
















