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Bijoux du costume traditionnel espagnol : emprendada, boutons charros et parures de dot

Bijoux du costume traditionnel espagnol : emprendada, boutons charros et parures de dot

Ce que l'on portait avec le costume

Deux rangées de dix boutons d'argent sur le gilet, autant sur les côtés de la culotte, accrochés à des chaînettes pour qu'ils sonnent à la marche. À Ibiza, une fiancée pouvait porter vingt-quatre bagues, toutes offertes par le promis. Le costume espagnol ne portait pas des bijoux, il portait le patrimoine de la famille.

La conversation glisse vite vers la mantille et le peigne, parce qu'on les voit sur toutes les cartes postales. Ce qui pesait vraiment au cou et aux oreilles reste dans l'ombre : les colliers que l'on comptait dans une dot, les boutons qui tenaient lieu de réserve d'argent, les boucles dont la forme était arrivée de la province voisine avec une foire.

La mantille et son haut peigne ont leur propre histoire, et elle est racontée ailleurs : mantille et peineta. Cette page parle de ce que l'on accrochait au cou, passait aux oreilles et cousait sur le drap.

Il y a une raison de regarder ces objets de près. Ils expliquent pourquoi le travail espagnol se reconnaît du premier coup d'œil : de la masse plutôt que de la finesse, du relief plutôt que du poli, un calcul fait sur le mouvement et sur la lumière vivante. Rien de tout cela ne descend des ateliers de cour. Tout vient de parures qui dormaient dans des coffres de village et sortaient trois fois l'an.

Connaissez-vous les bijoux du costume espagnol ?
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L'emprendada d'Ibiza, c'est

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La parure avant le bijou : ce qu'est un aderezo

La bijouterie populaire espagnole ne pense pas en pièces, elle pense en parures. Le mot à retenir est aderezo : un ensemble de boucles, de collier et d'une troisième pièce au moins, broche, joia centrale ou agrafe, exécutés dans la même technique et le même dessin. À Valence, l'aderezo réunit la joia du corsage, les boucles, quatre grandes épingles pour le chignon et quatre autres pour les rouleaux de cheveux. L'histoire générale de l'orfèvrerie espagnole, ses écoles et ses techniques, est traitée à part : tradition bijoutière espagnole.

Pourquoi une parure et jamais une pièce isolée

La raison est pratique. Le client rural venait chez l'orfèvre rarement, parfois une seule fois dans sa vie, et commandait tout d'un coup : la main d'œuvre revenait moins cher et les pièces s'accordaient à coup sûr. Acheter les boucles plus tard, pour compléter le collier, supposait un second voyage, un second paiement et le risque que l'atelier ne retrouve pas exactement le dessin précédent. La cohérence de ces parures n'est donc pas un choix esthétique, elle découle de la rareté de l'achat lui-même. Les catalogues d'aujourd'hui ont gardé cette logique : un aderezo valencien se vend encore en ensemble complet, avec ses épingles assorties, et non pièce par pièce.

Un bien que l'on inscrit au contrat

L'aderezo figurait dans les actes de mariage au même titre que le linge, le bétail et la terre. Il était liquide : l'argent et l'or se refondaient ou se mettaient en gage en cas de coup dur, et la pièce restait pourtant un bien propre à la femme, distinct du patrimoine commun. Cela explique une densité d'ornement qui étonne le regard moderne. La femme qui s'habillait pour la fête ne choisissait pas ce qui lui allait au teint, elle mettait ce qu'elle avait. Le nombre de rangs et le poids du métal remplaçaient un relevé de comptes que personne n'aurait songé à écrire.

Trois sorties par an

Cette parure n'avait rien de quotidien. Elle sortait pour la fête patronale, pour un mariage et pour la procession, autrement dit trois ou quatre fois dans l'année, et passait le reste du temps dans le coffre, souvent enveloppée du même tissu qui l'avait apportée de l'atelier. De là vient l'état de conservation qui surprend en vitrine : les pièces du dix-neuvième siècle nous arrivent peu usées parce qu'elles ont passé l'essentiel de leur existence rangées. La contrepartie était une préparation minutieuse la veille de la fête, cordons renoués, fermoirs resserrés, rangs remis à leur longueur pour qu'ils se posent les uns au-dessus des autres sans s'emmêler.

Un bouton d'argent seul sur une chaîne courte, et rien d'autre au cou. En parure complète, vous n'êtes plus habillée, vous êtes en représentation.
Quelle pièce de la parure populaire est pour vous
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Que portez-vous le plus régulièrement ?

Le regard du styliste : porter ces pièces sans se déguiser

Ce qui perd une pièce populaire en ville, c'est l'envie de la porter en parure, comme au village un jour de fête. Un ensemble complet se lit comme un costume, une pièce seule se lit comme un bijou, et tout se joue ensuite sur ce qu'on met à côté. Ma règle de travail est simple : la bijouterie populaire espagnole est construite sur la masse et le relief, donc en composition moderne elle tient le rôle de soliste et jamais celui du chœur. Quand je prépare une image, je choisis la pièce la plus grosse de la parure, je la garde seule, et je vide tout le reste : chaîne, bracelets, bagues. Plus le silence est grand autour, plus l'objet est convaincant. C'est aussi la meilleure façon de faire lire à un œil français une forme qu'il ne connaît pas encore.

Par où commencer si l'on aime cette esthétique ?

Par une seule pièce, et par la plus grande. Je recommande des boucles ou un pendentif, pas les deux ensemble. Sur un vêtement uni et sombre, un bouton d'argent en filigrane monté sur chaîne courte tient une tenue entière, alors que le même bouton posé au milieu de trois autres colliers disparaît. Pour un premier achat je conseille l'argent avant l'or : le relief y est plus lisible et la patine travaille pour vous.

Qu'est-ce qui abîme ce type d'image ?

La tentation de soutenir la pièce par des voisins qui lui ressemblent. Une boucle populaire, plus un collier populaire, plus un vêtement brodé, cela produit une scène, et la personne se lit comme participante d'un spectacle. L'autre erreur est la quincaillerie brillante et lisse posée à côté : l'argent en relief et l'acier miroir se disputent la matière, et c'est le relief qui perd. Je préfère un vêtement mat, une matière un peu épaisse, et rien d'autre au cou.

Et si la parure est arrivée par héritage, en ensemble complet ?

Alors je la répartis par occasions. Le collier sur une soirée et sur un uni sombre, les boucles seules en semaine, la broche sur un manteau plutôt que sur une robe. L'ensemble ne se casse pas pour autant : il reste ensemble dans sa boîte et se porte par morceaux. Cela prolonge sa vie, car sur une pièce ancienne les fermoirs et les bélières s'usent plus vite que le corps du bijou.

Que faire d'un vieil argent devenu noir ?

Rien de radical. Polir jusqu'au miroir une pièce populaire revient à effacer le relief pour lequel elle a été faite : le ton sombre au fond du dessin fait partie du dessin. Un chiffon doux sur les parties saillantes, et cela suffit. Si l'objet est noir en entier et que cela gêne, je conseille de confier le nettoyage à quelqu'un qui saura distinguer la patine de la saleté, ce qui n'est pas la même opération.

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L'emprendada d'Ibiza : un collier qui grandit sur trois générations

La pièce la plus reconnaissable des Baléares vient d'Ibiza et s'appelle emprendada. Ce n'est pas un collier mais un empilement : plusieurs rangs portés ensemble, dont la composition dépendait directement de ce que la famille avait pu réunir. Chez les unes, une modeste enfilade. Chez les autres, une masse compacte qui couvre la poitrine du cou à la taille.

Ce qui compose l'empilement

Au centre trône sa joia, un médaillon reliquaire richement travaillé consacré à la Vierge, la pièce que l'œil accroche en premier. Autour d'elle viennent des chaînes, des colliers de perles ovales, des demi-colliers qui peuvent monter jusqu'à sept, une grande croix, une couronne, puis les boucles et les boutons de la robe qui font partie du compte. Les bagues complètent l'ensemble et se portent à tous les doigts sauf le pouce ; certaines sont des chevalières carrées gravées aux armes de la maison.

Argent et corail, puis or et filigrane

Les emprendadas les plus anciennes sont montées en argent et en corail rouge, avec plusieurs enfilades de corail, des épingles d'argent ouvragées et une croix de filigrane rehaussée de corail, de perles ou de pierres. Les plus recherchées aujourd'hui sont en or et en filigrane fin. Le corail rouge n'est pas là pour la couleur seule : dans toute la Méditerranée il protège, et l'association de l'argent et du corail se lisait comme une garde autour de celle qui la portait. Le sujet a son propre développement chez nous : le corail en joaillerie.

La dot que l'on porte sur soi

Éléments de collier en or à émail cloisonné, Espagne, fin du quinzième ou seizième siècle
Éléments de collier, Espagne, fin du quinzième ou seizième siècle. Or et émail cloisonné. The Metropolitan Museum of Art, CC0Elements from a Necklace, Spanish, late 15th-16th century. The Metropolitan Museum of Art, Open Access (CC0 1.0)

L'emprendada était une dot visible. La fillette recevait sa première pièce au jour de sa communion, une petite croix et une chaîne, et l'ensemble s'augmentait année après année jusqu'au mariage. Les bagues, elles, venaient du fiancé, et leur nombre renseignait sur sa fortune : on a vu jusqu'à vingt-quatre bagues aux mains d'une seule femme, ce qui relevait de l'exception. Une vieille emprendada n'est donc jamais homogène. Elle rassemble des maillons de facture et de décennies différentes, et l'on y lit la chronologie d'une famille comme les cernes d'un arbre.

Le jour où elle sortait du coffre

L'ensemble complet apparaissait en public un nombre de fois qui se compte : mariage, baptême, grande fête de la paroisse. Le reste de l'année, une seule enfilade, ou rien. Les groupes folkloriques d'Ibiza la portent aujourd'hui en représentation, et c'est la seule occasion de la voir bouger plutôt que reposer sur un coussin de vitrine. Le mouvement change tout : les rangs se décalent, la joia bascule et renvoie la lumière, et l'on comprend pourquoi personne ne cherchait la finesse dans un objet destiné à être vu de loin et en marche.

Les boutons d'argent de Salamanque

Sur le plateau castillan, la pièce populaire la plus caractéristique n'est ni une boucle ni un collier, c'est un bouton. Le costume charro des environs de Salamanque en porte sur le gilet et sur les côtés de la culotte, et le compte se fait par dizaines.

Comment un bouton charro est construit

Le botón charro a une forme ronde aplatie, la même gravure au recto, et il appartient à la filigrana charra, le travail de l'argent propre à la province. Le dessin est concentrique : de petites boules disposées en cercles serrés autour d'une boule centrale plus grosse, sans espace vide entre elles. Le nombre de boules périphériques varie selon les modèles, huit, dix, douze ou dix-neuf, et cette variation suffit à distinguer les mains. Le métal courant est l'argent de qualité, l'or restant réservé aux versions les plus coûteuses. Un tel bouton ne ferme pas grand-chose, il retient le regard : il attrape la lumière par toute sa surface et compose une file de points clairs qui descend le long du corps.

Deux rangées de dix, et le bruit que cela fait

Le gilet du costume charro s'ouvre en carré et porte deux longues rangées de dix gros boutons d'argent chacune, suspendus à des chaînettes. La culotte reprend le motif sur ses deux côtés, en plus grand nombre encore, également accrochée de chaînettes, si bien que l'ensemble sonne quand l'homme marche. Les ouvertures latérales du bas restent volontairement déboutonnées pour laisser voir les jarretières. Cette densité s'explique comme celle des parures féminines : le bouton était une façon de conserver du métal. Un homme qui ne portait ni bague ni boucle transportait ainsi sur lui un poids d'argent que les voisins savaient évaluer sans effort.

Pourquoi le bouton a survécu au costume

Les jeux complets arrivent rarement entiers jusqu'à nous. Quand le costume cessa d'être porté, la veste était retaillée ou mise au rebut, les boutons découpés, et ils partaient à l'unité. Réunir aujourd'hui une série d'une seule main et d'un seul dessin demande de la patience. Mais le bouton possède ce que les autres pièces n'ont pas : il se suffit à lui même. Il tient dans la paume, se pend à une chaîne, se monte en boutons de manchette, se rassemble en bracelet. Ni le collier ni les boucles n'offrent cette souplesse, et c'est pourquoi il a survécu à la disparition du vêtement pour devenir l'emblème de sa ville.

D'où vient ce dessin

L'origine du motif reste discutée. On a proposé un disque solaire celtique ou celtibère, on a proposé une dérivation d'un ornement romain, et aucune des deux pistes ne fait consensus. Ce que les sources établissent, c'est la date d'installation : à partir du dix-septième siècle le bouton d'argent s'emploie couramment sur les costumes charros, et il n'en repartira plus. La leçon vaut au-delà de Salamanque. Une forme populaire porte souvent une généalogie flatteuse et une biographie courte, et il faut savoir séparer les deux quand un vendeur récite la première.

Aragon et Catalogne : la boucle d'oreille qui voyage

L'Aragon se reconnaît aux boucles que le folklore appelle baturra. Elles se datent du dix-neuvième siècle, se montent en or avec des améthystes taillées de plusieurs manières, et leur forme n'est pas née dans la province : elle arrive de la tradition catalane des arracades.

L'arracada catalane et son mécanisme

L'arracada connaît son heure entre la seconde moitié du dix-huitième siècle et le milieu du dix-neuvième. On l'appelle en catalan arracada d'arengada, boucle en hareng, à cause de sa silhouette allongée, et certaines atteignent quinze centimètres de long. L'or et l'argent s'y garnissent de grenats, de topazes, d'améthystes et parfois de diamants. Le détail qui compte est mécanique : beaucoup de ces boucles sont articulées en trois ou quatre parties démontables. Le bouton du haut se portait seul en semaine, et l'on rajoutait les étages selon l'importance de l'occasion. Une seule paire couvrait ainsi toute l'échelle sociale d'une vie, du jour ordinaire au mariage.

Comment elle devient baturra en Aragon

En passant la frontière provinciale, la forme change de nom et de pierre. L'améthyste violette dans l'or chaud devient la signature aragonaise, alors que le choix de la pierre tenait à ce que le marché fournissait et à la mode du siècle. La parure aragonaise se compose classiquement d'une broche portée haut sur la poitrine et d'une paire de boucles, et la dévotion locale s'y ajoute par les motifs : la Vierge du Pilar, la croix de Teruel, la croix de Saragosse. Le folklore régional a ensuite refermé le dossier en présentant l'ensemble comme un héritage strictement local.

Pourquoi la forme circule et le nom reste

La bijouterie populaire paraît soudée à sa province, mais c'est le costume folklorique moderne qui produit cette illusion. Dans les faits, les formes circulaient avec les artisans et les acheteurs le long du circuit des foires, et une pièce achetée à Saragosse pouvait sortir d'un modèle catalan. Ce qui devenait local, c'était le nom de l'objet et la manière de le porter, pas sa construction. Le corollaire est utile à qui achète : une forme seule ne prouve aucune origine, et la question pertinente porte sur l'atelier, pas sur la province.

Galice : filigrane d'argent et jais noir

Au nord ouest, la logique s'inverse. La parure galicienne repose sur deux matières associées, le filigrane d'argent et le jais, et sur un contraste que l'on reconnaît même sur une mauvaise photographie : le fil clair contre le volume noir et mat.

Le sapo, pièce maîtresse du nord ouest

La pièce centrale du costume galicien s'appelle sapo, le crapaud, et elle s'impose au dix-huitième siècle. C'est un bijou de filigrane d'argent et de jais, porté au cou en pendentif ou agrafé sur l'encolure, composé de deux ou trois éléments reliés par des anneaux qui leur laissent du jeu. Cette articulation n'est pas décorative : elle permet à l'objet de suivre le corps au lieu de le contrarier. Le nom viendrait de sapoconcho, mot galicien pour la tortue, et rappelle le lien ancien entre pendentifs prophylactiques et vertus prêtées à certains animaux. La parure complète y ajoute les doas, ces enfilades de perles d'argent ou de corail qui accompagnent la pièce maîtresse.

Le fil d'argent et les perles noires

Perles en or à filigrane, émail et perles fines, Espagne, seconde moitié du quinzième siècle
Perles espagnoles, seconde moitié du quinzième siècle : or, filigrane, émail et perles fines. Pièce de cour, mais la technique du fil est celle qui nourrissait les ateliers de village. The Metropolitan Museum of Art, CC0Beads, Spain, second half 15th century. The Metropolitan Museum of Art, Open Access (CC0 1.0)

Le filigrane travaille non par la fonte mais par le fil : l'orfèvre étire, enroule et soude un dessin fait de spirales et de cercles. La technique donne des pièces qui paraissent massives et pèsent peu, ce qu'il faut exactement à qui porte une parure entière une journée de procession durant. Le même calcul explique pourquoi ces objets arrivent souvent tordus jusqu'à nous : leur résistance mécanique est faible et un geste maladroit dans le coffre laisse une trace définitive. Le détail de la technique et sa différence avec les autres travaux au fil sont traités séparément : le filigrane.

Les tailleurs de jais de Compostelle

Autour de la cathédrale de Saint Jacques a fonctionné une corporation entière vouée au jais, née au quatorzième siècle pour répondre à la demande des pèlerins. La confrérie des maîtres azabacheros est fondée en 1410 et constituée officiellement en 1412 ; ses ordonnances de 1443 nous sont parvenues et réglementaient déjà l'origine de la matière, sa manière d'être taillée et sa qualité. Aux quinzième et seizième siècles, le métier compte plusieurs centaines de maîtres et d'apprentis. Le point important pour comprendre la diffusion : ces objets étaient taillés pour des gens venus de loin, qui les remportaient chez eux. Le noir du nord ouest espagnol circulait donc en Europe bien avant que quiconque parle de style régional. La matière et ses usages ont leur page : azabache, le jais de Galice.

La figa, ce poing fermé

La forme la plus connue taillée dans le jais est la figa, un poing dont le pouce passe entre l'index et le majeur. On la suspendait aux enfants contre le mauvais œil et elle entrait aussi dans les parures de mariage. Le geste n'a rien d'une invention espagnole, il court dans toute la Méditerranée depuis Rome, mais c'est le jais qui l'a rendu reconnaissable comme objet du nord de l'Espagne. Une amulette taillée dans une matière noire et tiède, accrochée au cou d'un enfant, résume assez bien la façon dont cette bijouterie mélangeait la protection et la parure sans se poser de question.

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Jais de France, azabache d'Espagne : une matière, deux métiers

Le lecteur français n'a pas besoin qu'on lui explique le jais : la France en a taillé, et à une échelle industrielle. Comparer les deux ateliers en dit plus long sur la bijouterie populaire que n'importe quelle description de vitrine.

Les moulins à jayet de la vallée de l'Hers

Entre l'Ariège et l'Aude, la moyenne vallée de l'Hers a vécu du jais pendant deux siècles. Au milieu du dix-huitième siècle, l'un des principaux propriétaires de Sainte Colombe sur l'Hers, Justin Acher, se trouve à la tête de cette industrie ; les ateliers de la vallée occupent alors jusqu'à douze cents ouvriers. L'organisation du travail était fine : les escapoulaires dégrossissaient la pierre au couteau, des femmes perçaient les trous sur des tours à main, et les moulins mus par l'eau entraînaient six meules pour polir les pièces à facettes. Le jais s'y taillait comme une gemme, à facettes, et sortait en chapelets, croix, colliers, boutons, boucles, bagues et garnitures de passementerie.

Deux économies pour la même matière

La comparaison est nette. Compostelle taillait pour le pèlerin, une pièce à la fois, chargée de sens, avec une confrérie qui contrôlait la qualité de la matière. L'Hers taillait pour l'exportation et pour la mode : en 1785, la valeur exportée est évaluée à deux cent trente mille livres, et les caisses partent vers Constantinople, Smyrne, l'Inde, Francfort, Londres, Leipzig et le Pérou. Même matière noire, deux métiers opposés. Cela explique aussi pourquoi la figa espagnole garde un sens précis, alors que le jais, après 1861 et le deuil de la reine Victoria, devient en Europe la matière du deuil et rien d'autre.

Ce qui a tué les deux ateliers

La vallée de l'Hers meurt vite : six moulins seulement en 1775, un seul moulin et quinze ouvriers en 1811, environ deux cents ouvriers vers 1825. La cause est nommée par les sources locales : la concurrence des verres teintés en noir venus de Bohême, d'Allemagne et d'Angleterre. Les gisements s'épuisent vers 1900 et les deux dernières fabriques, à La Bastide sur l'Hers, ferment en 1930. La leçon vaut pour l'Espagne : ce qui menace une matière populaire n'est jamais le goût, c'est un substitut moins cher qui produit le même effet à l'œil.

Andalousie : de l'or qui travaille près du visage

La tenue andalouse, celle qui hors d'Espagne passe pour le costume espagnol tout court, demande de l'or de bonne taille près du visage. Grandes boucles pendantes, bagues larges, rangs de perles. Sa généalogie est modeste : elle descend de la bata de faena, la robe de travail de la paysanne, passée peu à peu du champ à la foire.

Pourquoi les boucles sont grandes

Une grande boucle pendante fait ce que la danse réclame : elle se déplace avec un temps de retard sur la tête et continue son mouvement quand la tête s'est arrêtée. Une petite boucle n'offre pas cela. La même raison écarte les chaînes fines de cette parure : elles ne se lisent pas à distance et se perdent sur un tissu à motifs. Le poids obéit à un compromis. La boucle doit être assez lourde pour revenir à la verticale après chaque mouvement et assez légère pour ne pas déchirer le lobe au bout d'une journée. Les orfèvres obtenaient ce compromis par une construction creuse, une mince feuille d'or portant tout le volume, ce qui explique qu'une grosse boucle ancienne pèse en main moins qu'elle n'en a l'air.

La peineta, un peigne qui coûtait une tortue

L'usage du haut peigne se généralise en Espagne à la fin du dix-huitième siècle et devient au siècle suivant l'image même de la femme espagnole. Les premières peinetas se font en matières nobles, or, argent, laiton, ou naturelles, os, ivoire, écaille. Pour tailler une grande peineta dite espagnole, il fallait la carapace entière d'une tortue et la main d'un peinetero. Vers le milieu du dix-neuvième siècle, l'apparition des matières plastiques et le moulage font chuter le prix et multiplient la production, ce qui explique le passage d'un objet de dot à un accessoire de fête accessible à toutes.

Ce que la mantille impose au reste

La mantille et son peigne créent une verticale au dessus de la tête. Les bijoux de la parure andalouse travaillent, eux, sur l'horizontale, au niveau du visage et du cou. Dans un ensemble réussi, les deux axes ne se disputent pas : quand le peigne est haut, les rangs de perles restent courts et les boucles font le lien entre les deux. Le sujet des perles et de leurs différences a sa propre page : guide des perles.

Valence, Pays basque et les régions dont on ne parle jamais

Hors d'Espagne, on connaît l'Andalousie et l'on ignore le reste, ce qui appauvrit considérablement le tableau. Trois exemples suffisent à montrer combien les logiques diffèrent d'une côte à l'autre.

Valence : la parure suit la coiffure

L'aderezo valencien s'organise autour de la coiffure et non autour du décolleté. Il réunit la joia centrale, les boucles, quatre grandes épingles pour le chignon et quatre autres pour les rouleaux latéraux, l'ensemble se complétant d'un bracelet, d'un collier ou d'un ras de cou. Les modèles dits du dix-huitième siècle restent la référence, et l'or comme l'argent y voisinent avec la nacre et le corail. La conséquence est logique : à Valence, on choisit d'abord la construction posée sur la tête, et le reste de la parure s'y ajuste.

Pays basque : la retenue comme règle

Le nord travaille en soustraction. Moins d'éléments mobiles, moins de matière colorée, davantage d'argent lisse et de géométrie simple. Ce n'est pas une question de moyens mais de goût : la pièce agit par sa forme et non par son éclat, et elle suppose un spectateur proche. Une parure basque et une parure andalouse répondent à deux questions différentes, être vue de près ou être vue de loin, et toute comparaison qui l'oublie finit par appeler pauvreté ce qui est un parti pris.

Catalogne : l'atelier qui fournissait les voisins

La Catalogne intéresse moins par sa parure propre que par son rôle de fournisseur. L'arracada, dont l'Aragon a fait sa baturra, en vient, et ses modèles ont essaimé chez les voisins. La carte de la bijouterie populaire n'est donc pas une mosaïque de provinces étanches, c'est un réseau avec des centres de production et des périphéries de consommation. Le savoir vaut aussi pour la France, où quelques vallées fournissaient des régions entières en croix.

De quoi tout cela est fait

Les matières racontent davantage que les motifs. Le choix se faisait sur trois critères, ce que la région fournissait, ce qui supporterait des décennies de coffre, et ce que l'on pourrait reconvertir en argent liquide en cas de mauvaise année.

L'argent et l'or bas

L'argent domine dans le nord et en Castille : moins coûteux que l'or, il se coule bien et s'étire bien en fil, donc il convient à la fois aux pièces pleines et au filigrane. Le voile sombre qui se forme dessus n'est pas un défaut ici : dans un relief profond il souligne le dessin, et les orfèvres comptaient dessus. L'or, lui, se travaille surtout en feuille. À partir de 1830 se répandent des boucles d'usage courant taillées dans une simple lame d'or, lisse ou repoussée, rehaussées d'applications florales et d'un émail généralement noir ; à la même date apparaît le doublé, obtenu en pressant à chaud une plaque d'or contre un métal commun que l'on dissout ensuite, ce qui laisse une coque d'or creuse. Ni tromperie ni misère : c'est la façon d'obtenir du volume avec peu de métal, et c'est ce qui a mis le bijou d'or à portée des campagnes.

Corail, jais, nacre et verre

La couleur ne venait pas de pierres taillées mais de la mer et de la forêt : corail rouge aux Baléares et sur la côte méditerranéenne, jais dans le nord ouest, nacre partout où il y avait des coquilles. Le verre tient une place que le regard moderne juge mal. Une pièce populaire sertie de verre n'est pas une contrefaçon : le verre donnait l'effet visuel voulu à un coût que la maison pouvait porter, personne ne le faisait passer pour une gemme, et la valeur restait dans le métal et dans le travail de la main.

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La part religieuse de la parure

Séparer l'ornement de l'objet de dévotion casse d'emblée la compréhension de ces pièces. Pour celle qui rassemblait la parure, la distinction entre protecteur, festif et liturgique n'existait pas : tout cela formait une seule catégorie, le précieux que l'on met les jours qui comptent.

La croix, seule pièce portée en continu

La croix entre dans les parures régionales de tout le pays, et son statut diffère du reste. On la portait en permanence, quand l'ensemble ne sortait qu'aux fêtes, si bien que dans une parure de famille c'est la croix qui montre l'usure la plus forte et les réparations les plus nombreuses. Les solutions techniques varient beaucoup d'une région à l'autre : au nord ouest on la monte en filigrane, légère et ajourée, sur le plateau on la veut pleine et pesante, au sud elle reçoit émail ou pierre. La croix est de ce fait le meilleur objet d'apprentissage pour distinguer les régions, puisque le sujet est identique et que seules changent les réponses.

Médailles et reliquaires

Croix de procession espagnole en argent partiellement doré, vers 1150 à 1175
Croix de procession, Espagne, vers 1150 à 1175. Argent partiellement doré. The Metropolitan Museum of Art, CC0Processional Cross, Spanish, ca. 1150-75. The Metropolitan Museum of Art, Open Access (CC0 1.0)

Le versant religieux ne s'arrête pas à la croix. Vient ensuite une catégorie plus curieuse : des objets qui portaient un signe de foi et un contenu matériel, autrement dit qui fonctionnaient comme des contenants. Dans les rangs de l'emprendada et dans les parures galiciennes se glissaient des médailles de saints et parfois de petits réceptacles destinés à une relique ou à un objet béni. Une telle pièce cumulait trois fonctions, valeur, protection et appartenance à une paroisse, et cette accumulation explique qu'on la rangeait à part du reste.

Pourquoi amulette et foi ne se disputaient pas

Une figa de jais et une médaille de saint pendaient au même cou sans que personne y voie de contradiction. La religiosité populaire absorbait sans difficulté le chrétien et ce qui le précédait, et la parure le montre à nu : elle rassemble des sources de protection d'origines différentes, prises selon le principe du cumul. Les pièces d'ex voto, offertes pour une guérison ou un retour, entraient rarement dans la parure de fête, mais leur vocabulaire de formes, la main, l'œil, le cœur, a irrigué durablement la bijouterie du sud.

Ce que la France portait au même moment

Le lecteur français reconnaîtra la logique espagnole sans effort, parce qu'elle a fonctionné chez lui, dans les mêmes décennies, avec d'autres objets. La comparaison éclaire les deux traditions.

La croix jeannette, achetée avec le premier gage

Cette petite croix est répandue dans les vallées de Maurienne et de Tarentaise, ainsi que dans les campagnes de Bretagne, de Normandie, de Lorraine, d'Alsace et de Provence. Son nom vient de son mode d'acquisition : à partir du dix-huitième siècle, les jeunes filles louées à l'année achetaient à la Saint Jean, avec leur premier gage, une croix de peu de valeur. Le parallèle avec l'Espagne saute aux yeux. Dans les deux pays, le premier bijou marque une entrée dans la vie adulte et se paie avec le premier revenu propre, et dans les deux pays il ouvre une accumulation qui durera jusqu'au mariage.

Le fil d'or et les vallées qui ont chacune leur croix

L'autre point commun est technique. La croix dite du Saint Esprit aux filigranes se compose de fil d'or ajouré, garni de cercles et de spirales, exactement la grammaire que l'on retrouve sur une croix galicienne. Les vallées de Savoie possèdent chacune leur modèle, Beaufortain, Haute Maurienne, Haute Tarentaise, Conflans, Valloire, Chambéry, comme les vallées espagnoles ont chacune leur dessin de filigrane. Un ethnographe des deux côtés des Pyrénées lit une origine dans un détail que le voyageur ne verra pas, et c'est la même compétence qui s'exerce.

Parures régionales : ce qui les distingue
RégionPièce maîtresseMatièreÀ quoi elle est pensée
Ibiza et BaléaresEmprendada, empilement de rangs autour de sa joiaArgent et corail, puis or et filigraneMontrer une dot accumulée par la famille
Salamanque et la mesetaBouton charro, disque de boules concentriquesFiligrane d'argentGarder du métal et rythmer la ligne du costume
AragonBoucles baturra et broche de poitrineOr et améthysteBouger et accrocher la lumière du soir
GaliceSapo articulé et enfilades de doasFiligrane d'argent et jaisDu volume pour peu de poids, et de la protection
AndalousieGrandes boucles pendantes et rangs de perlesOr, perleTravailler le visage et se lire de loin
Pays basqueFormes lisses de géométrie simpleArgent lisseSe regarder de près, sans compter sur l'éclat

Comment la parure entrait dans la famille

Acheter un bijou au village était un événement, et cet achat n'était pratiquement jamais spontané. Trois chemins existaient, et ils laissent des traces différentes sur les objets.

La foire et l'orfèvre de passage

Le canal principal était la foire tenue à l'occasion d'une grande fête : des artisans venus des villes y apportaient du tout fait et y prenaient des commandes. De là vient la circulation des formes entre provinces, et le fait que l'on trouve dans un même village des pièces fabriquées à des centaines de kilomètres l'une de l'autre. Une parure de famille est ainsi souvent une carte de foires plutôt qu'une carte de province.

La commande de mariage et l'héritage remonté

Le deuxième canal était la commande nominative pour un mariage, passée chez un orfèvre que la famille connaissait parfois depuis la génération précédente. On en discutait longtemps à l'avance, et le paiement se faisait fréquemment en nature ou en travail, ce qui étirait la fabrication sur des mois. Le troisième chemin, le plus courant, était l'héritage. Les pièces se remontaient : un collier raccourci, des boucles remises sur de nouvelles attaches, une croix ressoudée sur une autre bélière. C'est pour cela qu'une vieille parure mêle des mains différentes, et qu'une datation à la pièce reste rarement ferme.

Ce que les voisins lisaient dans une parure

La tenue de fête était un texte, et il se lisait. Pas au sens d'un symbolisme caché, mais au sens d'une information ordinaire que tout le monde comprenait sans explication.

La richesse, l'état civil, la vallée

Le nombre de rangs, le poids, l'or contre l'argent : cela se déchiffrait à l'instant et sans malveillance, car au village chacun savait déjà comment vivaient les autres et la parure ne faisait que confirmer une position en public. L'état civil se lisait aussi : jeune fille, épouse et veuve ne portaient pas la même chose, et le deuil retirait la couleur et l'éclat au profit du noir, le jais y trouvant son emploi le plus constant. Le retour au coloré après le deuil formait un geste à part entière, souvent calé sur une fête. Enfin le dessin du filigrane, la forme de la boucle et la façon de nouer le fichu indiquaient la région et parfois la vallée précise.

Cinq idées reçues sur les bijoux de costume
Chaque province n'a porté que ses propres formes pendant des siècles
Tap to reveal
Ces parures se portaient au quotidien
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Du verre dans une pièce populaire, c'est une tromperie
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Un argent noirci doit être poli jusqu'au miroir
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Un revers impeccable prouve un bel objet ancien
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Ce qui est arrivé au vingtième siècle

Le costume a cessé d'être un vêtement pour devenir une représentation. Ce basculement a eu lieu dans toute l'Europe, et l'Espagne n'y a pas échappé, mais elle a laissé derrière elle une quantité d'objets inhabituelle.

Le coffre s'est vidé dans deux directions

Quand la tenue de fête sortit de l'usage, les parures prirent deux chemins. Une partie resta dans les familles comme mémoire, une autre partit à la fonte, parce que l'argent reste de l'argent et que le goût pour l'ancien est arrivé bien plus tard. De là vient la situation actuelle : peu de parures complètes, beaucoup de pièces isolées sur le marché de l'ancien.

Les groupes folkloriques comme commanditaires

À partir du milieu du siècle, les ensembles ont recommencé à être fabriqués pour la scène. Cela a sauvé la technique : les ateliers ont retrouvé une commande régulière et ont transmis le métier. Cela a aussi produit une masse d'objets récents faits sur des modèles anciens, et ce sont eux que rencontre en premier l'acheteur persuadé d'avoir trouvé une antiquité. En parallèle, les musées du costume ont décrit et classé les parures régionales, si bien qu'il est possible aujourd'hui de dire avec certitude ce qui se portait où, sans dépendre d'un souvenir de famille.

Parure féminine et parure masculine

La part masculine de cette bijouterie reste hors champ dans les présentations courantes, alors qu'elle obéit à une logique inverse et que la comparaison éclaire les deux versants.

L'une pend, l'autre se fixe

La parure féminine est suspendue : boucles, colliers, pendentifs, autrement dit des objets qui bougent indépendamment du corps et qui sonnent. La parure masculine est cousue ou accrochée : boutons, boucles de ceinture, chaîne de montre, agrafe de cape. Elle ne se balance pas, elle habille la coupe du vêtement. La conséquence se voit chez les collectionneurs : la pièce féminine se cote à l'unité et à la main de l'orfèvre, la pièce masculine se cote en série et à la complétude du jeu.

Ce qui a survécu du côté masculin

Ont duré les objets qui gardaient une fonction hors de l'ornement : boucle, pince, chaîne, breloque. Ils ont franchi la disparition du costume et sont passés dans l'habillement ordinaire, tandis que le bouton cousu, privé de son vêtement, n'a plus été qu'une pièce de collection ou une matière à remonter en bijou. Cela explique pourquoi la ligne masculine espagnole d'aujourd'hui penche vers l'objet plutôt que vers le pendentif.

Ancien ou reproduction : trancher soi-même

C'est la première question pratique dès que ces pièces plaisent et qu'on envisage d'en acheter une. Quatre vérifications règlent l'essentiel des cas, et aucune ne demande de matériel.

L'usure se lit aux endroits qui frottent

Une pièce réellement portée est usée localement et non uniformément : l'intérieur de la bélière, l'arête de la boucle côté cou, le revers du bouton là où il touchait le drap. Une patine régulière sur toute la surface signale un vieillissement provoqué, car l'usure naturelle est toujours située.

Le revers parle plus que la face

L'orfèvre du dix-neuvième siècle finissait la face visible et laissait le dos à l'état de travail : traces de lime, soudure inégale, attaches posées sans symétrie. Une copie récente est fréquemment aussi soignée des deux côtés, parce qu'elle sort d'un autre procédé. Un revers impeccable sur une pièce présentée comme centenaire mérite une question de plus.

L'identique est un signe de récent

Dans une parure ancienne, aucun élément n'est le jumeau exact d'un autre : chaque volute de filigrane a été posée à la main. Si dix maillons coïncident au millimètre, il s'agit d'une fonte tirée d'un même modèle, et cela reste vrai quand le métal a noirci. Le contrôle est facile à faire sur une photographie de vente en agrandissant deux éléments censés être identiques.

Demandez l'atelier, pas l'âge

Le vendeur ment rarement de front, mais il abonde volontiers dans votre sens. Une question sur l'ancienneté appelle la réponse que vous espérez. Une question sur l'atelier, la province et la technique appelle du vérifiable : une réponse précise se contrôle, une réponse évasive se trahit toute seule. Le même réflexe s'applique aux bijoux régionaux français, où la vallée d'origine se demande de la même façon.

Le travail espagnol sans le costume

Des pièces où vit la tradition d'un pays d'orfèvres, mais qui se portent avec des vêtements ordinaires et non avec une tenue de fête.

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Faits qui surprennent

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une emprendada exactement ?

Un empilement de bijoux porté avec le costume d'Ibiza, et non une pièce unique. Au centre, sa joia, un médaillon reliquaire consacré à la Vierge, puis des chaînes, des colliers de perles ovales, des demi colliers, une grande croix, des bagues. Les plus anciennes sont en argent et corail rouge, les plus prisées aujourd'hui en or et filigrane. Elle se constituait à partir de la communion et s'augmentait jusqu'au mariage.

Le jais et l'azabache sont ils la même chose ?

Oui, c'est la même matière sous deux noms, le mot espagnol venant de l'arabe. Le jais est du bois fossilisé : léger, tiède au toucher, il se taille avec des outils de menuiserie et se raye à l'acier. On le confond souvent avec l'agate noire, qui est un minéral, plus lourd et plus froid en main. La différence se sent avant de se voir.

Peut on porter tous les jours un bijou de costume ancien ?

Le métal supporte, les attaches non. Bélières, charnières et fermoirs d'une pièce ancienne s'usent plus vite que le corps du bijou, et le port quotidien d'une pièce de collection finit par une perte. Pour l'usage courant, mieux vaut une pièce contemporaine construite dans la même logique de forme, et réserver l'ancienne aux occasions.

Le filigrane espagnol et le filigrane savoyard, est ce la même technique ?

Le principe est identique : un dessin fait de fil étiré, enroulé en cercles et en spirales, puis soudé, sans pièce coulée. Ce qui diffère, ce sont les répertoires de motifs et les objets sur lesquels la technique se pose, une croix de vallée d'un côté, un sapo ou un bouton de l'autre. Un œil habitué reconnaît la région à la façon dont les spirales sont serrées.

Pourquoi tant d'argent et si peu d'or dans ces parures ?

Parce que l'argent coûtait moins cher, se prêtait aussi bien à la fonte qu'à l'étirage en fil, et se reconvertissait facilement en monnaie. L'or intervenait là où la couleur près du visage comptait, et il était fréquemment de titre bas ou appliqué en feuille sur une âme, pour obtenir du volume sans y engager beaucoup de métal.

Que signifie la figa et peut on la porter aujourd'hui ?

C'est un geste protecteur méditerranéen contre le mauvais œil, connu depuis Rome, que l'Espagne du nord a fixé dans le jais. On la portait aux enfants et elle entrait dans les parures de mariage. Rien n'interdit de la porter comme forme, sans charge religieuse : c'est d'ailleurs ainsi qu'elle circule le plus dans les collections actuelles.

Comment savoir de quelle région vient une pièce ?

Par le faisceau : technique, matière, forme et mode de fixation. Le filigrane associé au jais tire vers la Galice, les boutons d'argent concentriques vers le plateau de Salamanque, les rangs de corail et d'or vers les Baléares. Aucun indice ne suffit seul, car les formes voyageaient avec les foires. Le couple le plus fiable reste technique plus système d'attache, parce qu'un atelier répétait ses solutions même quand il changeait de motif.

Faut il acheter un bouton charro isolé ?

Comme objet, oui, il se porte parfaitement sur une chaîne. Comme placement, prudence : les boutons isolés sont nombreux sur le marché de l'ancien précisément parce que les jeux ont été découpés, et la valeur d'une pièce seule dépend beaucoup de la possibilité de lui trouver un pendant.

À offrir

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Ce qui reste du costume

La parure populaire espagnole a quitté l'usage, mais elle a laissé une manière de faire qui fonctionne sans le vêtement : un objet taillé large, travaillé en relief, pensé pour bouger, dans une matière choisie pour ce qu'elle deviendra avec le temps et pour la façon dont elle se pose sur la peau à la lumière du soir. Cette grammaire se retrouve dans le travail espagnol contemporain, et c'est elle qui le distingue d'un langage joaillier universel.

S'il faut ne garder qu'une chose, gardez le principe de la parure à l'envers. Ces pièces ont été conçues pour vivre en groupe et supportaient donc le voisinage. Aujourd'hui, chacune sonne plus juste seule.

À propos de Zevira

Zevira rassemble des bijoux qui ont un sens : des symboles, une histoire et une forme derrière laquelle il y a une tradition, celle d'un pays d'orfèvres et de coutelleries. Des parures de costume, nous retenons ce qui fonctionne sans le costume : la masse, le relief et une matière honnête.

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